La klassikosphère

La klassikosphère

Homo numericus

Que nous reste-t-il d’humain ? Demain, aujourd’hui, hier déjà.

Je suis d’hier, aujourd’hui, en pensant à demain. Que me restera-t-il d’humain, demain ?

Les nouvelles technologies évoluent à une vitesse telle qu’elles remettent en question l’évolution naturelle de l’espèce humaine et de manière générale de la vie des espèces sur terre. Toutes ces nouvelles technologies évoluent à une vitesse inhumaine. Elles évoluent si vite que l’homme lui-même qui en est pourtant à l’origine, a toutes les peines du monde à suivre. Les technologies nouvelles anticipent l’homme et le façonne sans son consentement lucide. Tout laisse à croire que les nouvelles découvertes annoncent la fin de l’homme tel que nous le connaissons.

J’aime la sculpture, j’ai voulu me mettre à la sculpture telle que je la conçois encore aujourd’hui, telle que je la vois dans mon esprit déjà vieux de cent ans : Un bloc de pierre, un marteau et des burins de différentes tailles. Dégrossir le bloc brut, puis le travailler de la façon la plus fine avec le talent le plus fin pour faire apparaître une forme parfaite. Cette méthode est déjà morte, je suis déjà mort. Si je veux réaliser ce travail aujourd’hui, il me faut un ordinateur, un programme et la connaissance nécessaire pour modéliser sur écran le résultat voulu. Un robot, une imprimante 3D réalisera pour moi le façonnage parfait. Je ne suis plus l’artisan mais le concepteur, je ne réalise plus, je ne fais plus, je pense, j’imagine. À quoi me serviront mes mains demain si un robot peut réaliser ce travail par lequel je pouvais encore hier exprimer mon humanité, et par ce travail me réaliser en tant qu’homme ? Je suis cette matière pensante qui agit sur une matière inerte qui la façonne et qui exprime mon être, mon humanité, ma sensibilité. Demain, aujourd’hui déjà, je suis toujours cette matière pensante, mais je vais bientôt devenir cette matière inerte puisque la robotique se charge à ma place de la réalisation de mon œuvre. Je ne suis plus le potier, je ne suis plus le peintre, le maçon ou le boulanger. Je suis l’homme machine, l’Homo Numericus.

Aujourd’hui, demain, la machine a remplacé l’homme. La machine s’est intégrée en l’homme, l’homme est devenu machine. Ce corps mort qui me servait jadis à me réaliser ne m’est plus d’aucune utilité à présent que la machine remplit cet office. Mon corps qui s’est usé avec le temps, a trouvé la vie éternelle. Mon cœur faiblit, qu’à cela ne tienne ! Docteur, un cœur neuf ! S’il vous plaît (ou plus exactement, si il vous paie). Aux riches, la vie éternelle.

Je suis cet ersatz humanoïde, cette matière pensante assistée par ordinateur. Je suis l’homme de demain, transformé par la machine, je suis transhumain. Nous vivons cette période de l’histoire de l’humanité, nous sommes en pleine transhumance. Nous vivons la transformation de l’homme vers la machine. Je penserai toujours en homme, mais j’agirais en pensant machine. Je ne me réaliserai plus en tant qu’homme, mais de transhumain. Que reste-t-il de l’essence de mon être ? Que me reste-t-il d’humain ? Où trouver mon “humanessence“ ? À mi-chemin entre l’homme et la machine... sans doute. À mi- chemin entre l’idée et l’action, à mi-chemin entre la pensée et la matière.



16/04/2016
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